Affaire de l’ECAV | Une erreur de Grille. Une parole de trop.
Chapitre 4 | Consultation, erreur documentée et dérapage... irréversible ?
Vous vous souvenez du Chapitre 3 ?
Le tri était structurel, le filtre assumé, l’échec calibré.
Mais tant que les copies restaient silencieuses, la mécanique tenait.
Ici, tout bascule.
Pas dans le fracas.
Juste une salle blanche à UniMail, des tables en guichets, des copies annotées.
Le 9 octobre 2023.
Une consultation. Rien d’extraordinaire. Sauf qu’entre les marges, quelque chose cloche. De quoi sauver un avenir.
Mais pointer l’erreur, c’est devenir le problème.
Alors quand la voix monte, quand la main se pose sur une épaule, quand le tutoiement tranche — La machine ne corrige plus. Elle broie.
Bienvenue dans le Chapitre 4.
⚠️ Dialogues attestés. Copies photographiées. Témoins identifiés.
Installez-vous. Ça commence maintenant.
Chapitre 4 – Le dérapage à l’issue fatale
Il n’a pas beaucoup dormi depuis le 30 septembre – depuis qu’il a reçu, un samedi, ce courrier « A plus », cette décision d’élimination définitive.
Mohanad a tout perdu. Plusieurs milliers de francs investis pour le semestre. Un contrat signé pour un stage — le Saint Graal — évaporé du jour au lendemain.
0.12.
C’est la mesure d’une fatalité, le point de bascule dans une vie.
D’un avenir d’avocat-stagiaire à un présent de chômage sans futur. Mais on ne peut rien faire, délai de carence oblige. On renvoie – sourire peiné, mais conscient – un énième échec de l’ECAV à l’Hospice général.
Plus de revenus, plus d’horizon.
Juste l’épuisement, qui sera diagnostiqué le lendemain.
Les néons d’UniMail clignotent faiblement.
Accompagné d’une amie – aujourd’hui assistante à l’ECAV – FARJANI s’avance vers la salle. Moquette grise, murs blancs, tables agencées en guichets.
Ce 9 octobre marque la consultation des copies. La dernière chance de comprendre.
Il croit encore à un échec personnel. Qu’elle ne fut pas le choc de découvrir une faute de plume, de Grille, de correction. Ce score, absurde, tranché à 0.12 point près. Un dixième. Une décimale.
Voilà la sentence.
Il entre.
Quatre assistants sont présents. Maître Olivia CANEL, Maître Thomas LEUENBERGER, Maître Brendan LE MARCHAND et Maître Karin JORDAN.
[ndlr : Seuls Olivia CANEL et Romain BAUME sont encore assistants en 2026. Selon les sources, tous les changements pèsent sur Olivia CANEL, qui s’occupe de tout à bout de bras. Donc remercions là de s’user à la tâche par la faute du management de l’ECAV qui n’a pas été capable de la réformer depuis 7 ans – depuis qu’il sait que moins de 10% des avocats trouvent l’ECAV utile].
Les boucliers de la Haute Administration ecaviste ; les premiers filtres de la colère étudiante. Celle bien connue de l’institution.
Quelques mois plus tôt, lors de la séance d’introduction du semestre 2023, le Président JEANNERET appelait à l’indulgence envers les assistants. « Ils sont là pour vous aider ». Et il a bien raison.
Les jeunes bavards appliqués étaient donc en poste. L’ambiance est calme – mais tendue.
Sous le silence poli, tout semble électrique. Et millimétré… Ce 9 octobre, le jour de cette unique chance de comprendre. Ou d’être broyé.
FARJANI lit. Lentement. Page après page.
Procédure civile ? Rien. Pas un chiffre. Une copie muette – comme si l’échec n’appelait aucune justification. [ndlr : les copies de ses collègues affichaient pourtant les points obtenus. Mais FARJANI n’a pas eu ce privilège].
Tu veux comprendre ? Tant pis.
Même silence pour profession d’avocat. Aucun barème. Aucune Grille. Juste l’évidence brutale.
Tu es en dessous. C’est la seule chose à comprendre. Passe ton chemin.
Puis il change de feuillet.
Une annotation attire son regard. Puis une autre. Quelque chose cloche. L’examen du Professeur Yvan JEANNERET, procédure pénale.
Des bases légales, noir sur blanc dans la copie, sont notées comme absentes dans la marge.
Quatre en tout.
La comparaison avec d’autres copies [ndlr : y compris celle de son amie devenue assistante à l’ECAV] permet de déduire que chacune de ces bases légales vaut 0.15 point.
0.15 + 0.15 + 0.15 + 0.15 = 0.60.
Coefficient 3.
De quoi faire passer sa moyenne de 3.88 à 4 et quelques.
De quoi faire tomber l’élimination définitive.
Il sent son cœur se figer. Un choc. Le pouls reprend, il s’emballe. Une montée d’adrénaline froide.
Il encaisse. Respire.
Il se souvient maintenant de cet autre étudiant, ce jeune député socialiste au stage mirobolant signé chez Jacquemoud Stanislas. Session précédente, même Professeur, oublis similaires. Une réévaluation.
Et au bout du compte ? La réussite, le certificat, le seuil de l’ECAV franchi, le stage garanti. Et, aujourd’hui, le barreau en poche [ndlr : 🥳👏🍾].
Tout est bien qui finit bien. Mais, surtout, comme si de rien n’était.
Non loin, un étudiant s’avance. Pose une question simple. Détail des points, examen de profession d’avocat.
LEUENBERGER répond poliment.
Mais c’est non. Aucune justification. Juste non.
FARJANI écoute. Encore une gifle. Lui, il se souvient. Le 27 juillet, même question, même assistant. Entretien Zoom. Réponses limpides. Pourquoi alors ? Pourquoi plus maintenant ?
Il demande à son tour. Pour sa copie. Il insiste.
Il a besoin de savoir. Comprendre, au moins, comment il a été noté. Combien valait chaque question ? Combien a-t-il perdu ? Combien a-t-il mérité ?
Que vaut vraiment une base légale ?
Las, l’assistant réitère. Il faut demander l’autorisation à Maître Tano BARTH, responsable du cours [ndlr : depuis peu remplacé par le prof. Stéphane GRODECKI dès la volée 2026].
Le détail des points ? Pas prévu. Pas ici. Ça, c’était pour juin. Un traitement différent pour septembre.
Sa mâchoire se serre. Il veut rester calme. Il y parvient – presque. Mais quelque chose lâche.
L’accumulation.
La manipulation.
L’absurde.
L’humiliation.
L’incohérence.
Le mensonge.
Voilà ce qu’il y a derrière la mise à mort de son avenir.
Il s’avance. Sa main se pose sur l’épaule de LEUENBERGER. Une seconde. Geste interdit. Il baisse ses lunettes. Le regarde dans les yeux. Et ce tutoiement, tranchant comme une lame.
« Tu vas nous donner le nombre de points, c’est le minimum après ce que vous nous avez fait ».
Un frisson glacial parcourt l’assemblée. L’amie de Mohanad est bouche bée. Les étudiants, impressionnés, mais terrifiés. Tout le monde est figé.
L’assistant ne répond rien. Mais son corps parle, le dos qui se raidit, la hauteur qui s’installe.
FARJANI revient à la charge. Il s’adresse aux assistants – tous présents. Il raconte le Zoom de juillet.
LEUENBERGER lui avait dit, clairement, qu’en juin les étudiants avaient « trop bien réussi ». Qu’il était normal, dès lors, d’être plus sévère en septembre.
L’assistant nie. Pantois.
Le souffle de FARJANI se coupe. Son sang ne fait qu’un tour. On le fait passer pour un faussaire. Devant ses pairs. Devant l’administration.
« Ne me fais pas passer pour un menteur ! »
Il insiste. Il en est certain. Le mot « trop » a été dit. Il le jure.
LEUENBERGER secoue la tête. Jamais.
FARJANI fouille sa mémoire, cherche, rétropédale, ajuste.
« Peut-être que c’était très ».
Un flottement. Puis…
« Peut-être… je me suis mal exprimé ».
L’assistant capitule.
La discussion s’enlise. Les mots tournent, les regards se croisent, les nerfs sont à vif.
LEUENBERGER, visiblement agacé, laisse tomber le masque de neutralité. Une crispation traverse son visage. Il fixe FARJANI avec une apathie mal contenue, quelque chose entre le mépris poli et la suffisance du rang.
L’ambiance est au beau fixe. L’émotion monte. Quelque chose vacille. Pas de colère brute – mais cette émotion que seule l’injustice mêlée de mauvaise foi sait provoquer.
Ce « garçon », à peine plus âgé que ses propres étudiants, lui assène une leçon de morale. À lui – trente-cinq ans, un CFC, puis un bac, un bachelor en philosophie, un parcours juridique complet, des années d’investissement bénévole et un semestre qui relève plus de la torture que d’une quelconque formation.
Sa voix ne tremble pas. Mais elle gronde de l’intérieur, trahie par ce tutoiement qui prenait le dessus.
« Tu es plus jeune que moi. Je ne veux pas t’attaquer ni te viser personnellement, mais ta réaction défensive trahit ton jeune âge ».
Les mots s’enchaînent sans transition, comme un trop-plein qui a besoin de sortir. Sa voix est claire, tranchante.
Ce qu’il vit, à cet instant, est le résultat incarné d’une violence institutionnelle, ordinaire, presque anthropologique.
« L’ECAV est un système abject. Une machine à dissimuler l’éthique derrière des chiffres. Un lieu où la misère humaine est marchande, sous couvert de vertu ».
Les assistants le laissent parler.
Mais LEUENBERGER intervient, droit dans ses fonctions.
« La profession d’avocat est libérale. Le terme client est donc approprié ».
FARJANI soutient son regard, incrédule.
« Pour les médecins aussi, c’est une profession libérale. Pourtant, on parle de patients. »
L’assistant ne se démonte pas.
« Pour certains médecins, ce sont aussi des clients ».
« C’est chez ce genre de médecin que vous vous rendez, vous ? ».
Mais pas de réponse. Rien qu’un flottement tendu, palpable, électrique.
Alors, l’assistant n’arrive plus à se retenir. L’instinct prend le dessus. Goguenard, il relance une phrase, une pique, une piètre sortie de secours.
« Si vous n’êtes pas content, vous n’avez qu’à agir en politique et changer les choses ! ».
FARJANI marque une pause. Il tourne la tête.
À quelques pas, Karin JORDAN. Assistante en charge de la procédure pénale. Il s’avance. Il tend sa copie. Il montre les annotations. Les bases légales oubliées – alors qu’elles sont là, noir sur blanc.
Elle observe. Un long silence, puis cette phrase. Cet aveu devant témoins. Cette sincérité.
« On peut vous les donner, les points ».
Tout vacille.
Il est estomaqué.
C’était donc ça. Une erreur. Une simple erreur de correction. Six dixièmes de point. Coefficient trois.
Assez pour la moyenne. Assez pour tout changer. Le diplôme. Le stage. La suite.
Il pèse ses mots. Il sait que ce qu’il s’apprête à dire est une ligne rouge – une provocation. Il ne parle plus en juriste, mais en philosophe. Celui qu’il a été avant de tout faire pour devenir avocat. Le cursus en droit sur les épaules, mais le bachelor en philosophie dans les veines.
« La morale est circonstancielle. Temporelle. Si l’État islamique délivrait un diplôme, est-ce qu’on pourrait moralement l’accepter ? »
Malaise réflexe, renforcé par ses origines.
« C’est une parabole ».
Mais le mal est fait. L’onde de choc est immédiate. Le mot, sorti de sa bouche, heurte. Parce que ce mot-là, venant de lui, convoque des spectres de terreur. Le réflexe avant la raison. Et dans sa traînée d’émotion, à cru, les volutes de doute qui se dissipent.
« Ce que je veux dire, c’est que, lorsqu’un diplôme est délivré sur le dos de la misère humaine, sous couvert de vertu… alors il perd toute légitimité ».
Personne ne réagit. Les assistants évitent les regards. La conversation est suspendue entre la philosophie et l’intime conviction.
« Vous savez qu’une jeune femme a tenté de se tuer après son échec à l’ECAV ? Trois jours dans le coma. Ça aussi, c’est un détail administratif ? »
Il enchaîne. La digue a cédé, les mots coulent avec une lucidité enragée.
Il dénonce l’inégalité des conditions d’examen entre juin et septembre. En juin, quinze jours entre l’oral et les écrits ; en septembre, à peine une nuit. Une injustice structurelle. Planifiée.
Il parle du numerus clausus – pas officiel, mais régulier comme une horloge. Chaque année, un quart des candidats tombe. Peu importe les copies. Il les invite à vérifier les chiffres. À ouvrir les yeux.
Puis il nomme l’intouchable Professeur BELLANGER, président de l’ECAV dix ans durant. L’édifice qu’il a fait naître dans les couloirs de l’habitude.
Il le désigne comme un « sacerdoce », incarnation d’un pouvoir vertical, fermé, sourd à la détresse. Une figure qui, selon lui, symbolise le mépris de l’ECAV pour ses propres étudiants.
Il n’épargne pas non plus Tano BARTH. Ni ces avocats formateurs qui, dans les ateliers, répètent cette menace, machinalement.
« Rappelez-vous que les clients partent, mais que les magistrats restent ».
Cette phrase, dit-il, est une trahison. Une défaite morale.
« Un client n’est pas un client. C’est un être humain. Un être en souffrance. Et si on oublie cela, on ne mérite pas d’être avocat. »
Silence.
« Quand l’ECAV n’existera plus, vous pourrez être transférés comme assistants dans un Master d’avocature. Le monde ne s’écroulera pas ».
Les regards se font fuyants. Après trente minutes de discussion, les assistants, d’une voix polie, mais ferme, indiquent que la séance touche à sa fin.
La salle s’était vidée. Il réalisait être seul parmi eux. Il acquiesce. Il rassemble ses feuilles. Les leur tend. Puis quitte la salle.
La nuit commençait à tomber sur Genève.
Plus tard, Brendan LE MARCHAND est attablé au Lucha Libre [ndlr : le nouveau calamar], un restaurant-bar juste à côté d’UniMail, où l’on retrouve toujours un mélange de la communauté universitaire.
À quelques pas de la caisse, il discute calmement avec deux collègues. Les verres tintent doucement. L’ambiance est légère.
Soudain, une main se pose sur son épaule gauche. C’est Mohanad FARJANI. Il venait payer le coca qu’il avait consommé en vidant son sac avec ses amis.
Il s’excuse de l’interrompre. Il parle doucement, d’une voix posée. Rien à voir avec la tension de tout à l’heure.
Il revient sur les propos tenus. Regrette la comparaison avec l’État islamique. Il précise qu’elle était volontairement choquante, une exagération pour illustrer une conviction profonde.
Il refuse, par principe, toute injustice institutionnelle qui – à ses yeux – bafoue la dignité humaine. Même si une opposition devait aboutir, il n’arrive plus à le vouloir.
Les dégâts, c’est connu, causent le dégoût.
Il parle politique. Soudain lucide de ce dont il avait été trop souvent témoin, depuis le début de ses études de droit. Il dit vouloir entamer des démarches pour contester la légitimité de l’ECAV.
« Cette affaire me dépasse. Je me ferai le porte-parole de tous les déçus de ce système ».
Il revient sur la conversation avec LEUENBERGER. La session de juin avait été « trop réussie ». Il l’avait admis lors de cette séance Zoom du 27 juillet. Il ne mentait pas.
Surpris par cette visite impromptue, mais humain et sensible à la posture apaisée, l’assistant sent la ligne rouge s’approcher. Il y a du monde autour. Des étudiants, des collègues. Et voilà qu’un autre assistant est mis en cause, à voix haute, dans un bar fréquenté par la faculté.
Authentique, il lui conseille alors d’assister à la séance de correction collective du lendemain. Cela l’aiderait peut-être à comprendre ce qui était attendu.
FARJANI, presque honteux, avoue qu’il n’est pas sûr de pouvoir venir. Son état est pitoyable. La salle n’était pas adaptée à sa corpulence. Et il traînait déjà une migraine depuis quelques jours, qui se faisait toujours plus lancinante. Ils mirent fin à l’échange.
Ainsi se terminait cette éreintante journée du 9 octobre.
⚠️ AVIS DE POURSUITE ⚠️
Ce qui précède n’est pas un malentendu. C’est un débordement humain.
Quand pointer l’erreur, c’est devenir le problème, la voix monte, le tutoiement tranche — la machine broie. Et ce qui en sort, ce n’est pas une réponse. C’est une procédure.
A SUIVRE !
✒️ CHAPITRE 5 : « LA CONTRE-ATTAQUE DISCIPLINAIRE »
Le lendemain, FARJANI ne peut pas se lever. Etat d’épuisement. Certificat médical. Il demande une entrevue.
Ce qu’il reçoit ?
Deux rapports d’incident.
À la demande du Président.








Dans un corporatisme tel le leur, on ne peut pas accepter tout le monde. On est choisi. Soit parce qu'on est un mouton. Soit parce qu'on connaît du monde. Ce système disparaîtra. Grâce à la baisse démographique et à l'intelligence artificielle, le nombre et le besoin d'avocats diminueront.